Cartes de fidélité : un outil plébiscité par les Français

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9 Français sur 10 possèdent au moins une carte de fidélité !

Vêtements, restauration, alimentation, outillage, jardin, bijoux ou voiture : du petit commerçant à la grande enseigne, ils ont tous une carte de fidélité à offrir à leurs clients. Et selon une enquête, 90% des Français en possèdent une ou plusieurs.

Le principe plaît aux consommateurs : ils la reçoivent gratuitement la première fois qu’ils vont à la caisse d’un point de vente, ou on leur fait payer pour un prix symbolique de quelques euros, mais en échange, ils savent qu’ils vont y gagner. Soit des points de fidélité qui leur donne droit à des réductions, soit de l’argent en cash déduit de leur facture au moment de payer, soit des avantages en nature.

Des Consommateurs “Accro”

Et quand on demande aux consommateurs dans la rue ce qu’ils en pensent, le credo est unanime : ils sont accros aux cartes de fidélité. « Celles pour l’alimentation notamment, elles ne me quittent pas, je les ai toujours sur moi puisque j’en ai besoin presque tous les jours », confie une dame, la soixantaine, qui en sortira au final une bonne trentaine de son portefeuille pour nous les montrer. Et si le système séduit surtout les femmes, il a réussi à convaincre toutes les générations : « Je les utilise surtout au moment de mon anniversaire ou de Noël, ou de la fête des mères, la Saint-Valentin, c’est à ces moments là qu’elles sont intéressantes parce qu’on a des bonus et des crédits supplémentaires », explique une jeune étudiante de 25 ans. Plus loin, une mère de famille nombreuse avoue que ses cartes de fidélité « ont tendance à pousser à la consommation », mais que malgré tout « on est bien content quand on récupère des avantages ».

Des cartes de fidélités pour augmenter son pouvoir d’achat

Et il n’est pas faux que les clients peuvent y gagner, mais à condition d’y passer du temps, et d’y consacrer de l’énergie ! A l’occasion de notre petite enquête, nous rencontrons ainsi Michèle, mère de 5 enfants, secrétaire de direction, et qui compte bien rentabiliser au maximum ses cartes de fidélité pour augmenter son pouvoir d’achat. Elle a le sentiment d’y parvenir, grâce à une organisation rigoureuse et à des habitudes de consommation orchestrées au centime près : chaque semaine, elle consacre environ 40 minutes à ce petit rituel : elle sort l’ensemble de ses cartes de fidélité et les dispose sur sa table de cuisine, par catégories : « Je ne vais jamais dans un magasin sans demander la carte de fidélité. Celles-ci sont pour l’alimentation, celles là pour les animaux. Il y a un groupe de cartes qui me servent pour la parfumerie et les produits d’hygiène. Et d’autres pour les vêtements, ou pour les jouets des enfants. J’en ai aussi pour les bijoux et le matériel de jardinage ».

Les catalogues de promotion, arme de séduction massive

Ensuite, Michèle compulse soigneusement les catalogues publiés par chaque enseigne et en libre accès aux caisses : d’une semaine sur l’autre, elle note tous les produits bénéficiant d’une réduction et qui l’intéressent. Elle organise ses courses en fonction, et s’interdit de céder à la tentation sur les produits qui ne bénéficient pas d’une démarque accordée grâce à ses cartes de fidélité. « Je note tous les produits qui vont m’être remboursés en partie grâce à ma carte. Par exemple, sur la lessive, cette semaine, si je prends cette marque là, je vais être remboursée de 70%, c’est beaucoup et c’est intéressant parce que ça coûte très cher, la lessive. Si je vois des boîtes de conserve qui d’ordinaire sont onéreuses, type confit de canard, foie gras, par exemple, je les prends dès qu’il y a une promotion, ça me permet d’avoir la boîte à 3 euros au lieu de 9, et je les stocke pour Noël. Comme ça je les ai d’avance, et au moment des fêtes je ne dépense rien alors que partout dans les rayons, les produits gourmets comme ça sont au plus haut au niveau des prix. Moi j’ai le sentiment de prendre de l’avance sur les autres et de faire des économies ».

 

Nous suivons Michèle en magasin, dans une grande enseigne où elle a ses habitudes. « Je ne remplis mon caddie qu’avec les produits que j’ai repérés à l’avance dans le journal de l’enseigne. J’essaie d’aller toujours dans les mêmes points de vente, parce que je connais mieux les rayons. Le fait de vouloir uniquement des produits en promotion implique de chercher un peu, donc d’y passer un peu plus de temps, mais à force je me repère bien et en général, je fais mes courses en une demie heure ». A la caisse, le total de ses courses s’élèves à un peu plus de 106 euros. Mais là-dessus, Michèle récupère une cinquantaine d’euros sur sa carte : ce n’est pas du cash qu’elle va toucher, mais de l’argent avec lequel elle pourra s’acheter des produits proposés par le distributeur, sans rien payer, juste en donnant sa carte de fidélité : « j’ai déjà eu comme ça un four à micro-ondes d’une valeur de 80 euros, ou encore une tablette de lecture à 200 euros, c’est super », s’enthousiasme la championne des cartes de fidélité.

Des avantages pour les clients mais aussi pour les enseignes

Un outil marketing qui plaît aux clients, donc, mais qui rapporte aussi aux enseignes : du gagnant gagnant, pour celles qui ont compris qu’il fallait s’adapter aux attentes des consommateurs : « avec la crise économique qui a commencé en 2008 et a duré dix ans, puisqu’on commence à peine à en sortir, la carte de fidélité a connu un vrai boom, tout le monde en voulait, parce que le pouvoir d’achat prenait encore plus d’importance aux yeux des Français qui devaient se serrer la ceinture », explique un modérateur du site radins.com. « Cela a bien marché du côté des enseignes qui ont transformé leurs systèmes de points ou de coupons en argent sonnant et trébuchant : les points, en période de crise, ne représentent rien, le cashback, la cagnotte, parlent plus aux Français parce que c’est du concret, du pragmatique. Les coupons de réduction ne fonctionnent plus aujourd’hui : les clients n’ont que faire de coupons sur des boîtes pour chat alors qu’ils n’ont pas de chat, ou de bons de réduction de deux euros pour l’achat de 5 paquets de café, c’est une trop grande quantité, les consommateurs n’ont plus les moyens d’acheter de gros stocks d’un coup, ils dépensent au minimum et semaine par semaine. Les bons de réduction leur donnent l’impression d’être poussés à la consommation pour des économies au final très virtuelles ».

Récompenser la fidélité

En moyenne, chaque foyer français a 5 cartes de fidélité, et toutes les études le prouvent : plus on est fidèle à une enseigne, plus on y dépense son argent. La carte de fidélité, c’est donc aussi un business intéressant et le pactole assuré pour les distributeurs ! « Un client va dépenser en moyenne 50% de plus dans un magasin quand il en possède la carte de fidélité, par rapport à un client qui n’a pas la carte », explique un chercheur du Credoc, le Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie. « Donc toutes les enseignes ont intérêt à récompenser la fidélité, c’est pour cela qu’elles proposent aussi directement maintenant la carte de fidélité qui fait carte de crédit, et qui permet d’accumuler les cagnottes et de les verser directement sur le compte en banque du consommateur. Les cartes fidélité peuvent aussi aujourd’hui être directement dans le smartphone de l’acheteur, avec un flash code ou un code barre à présenter à la caisse. Il y a même maintenant des systèmes qui permettent de détecter le client lorsqu’il est à quelques mètres du magasin, et de lui envoyer des push fidélité sur son téléphone, des alertes promotions en quelque sorte ! ».

La carte de fidélité pour mieux comprendre les consommateurs

Des achats suivis à la trace, qui permettent aux distributeurs d’aller bien plus loin : adapter leurs stocks à la demande, et rentabiliser les marchandises en rayon ; mener des études sur les habitudes de consommations et les déclics promotionnels qui peuvent pousser à acheter telle marque plutôt que telle autre. Et surtout, fidéliser les clients, car c’est bien là le but premier d’une carte de fidélité… et la notion n’a jamais eu autant d’importance qu’aujourd’hui, alors que la concurrence avec les géants du net comme Amazon, fait rage.